Renoir
La Loge
(detail)
Renoir
10in X 12in
26cm X 31cm

Apprenti à 13 ans.

L'objectif impératif étant pour cette famille nombreuse que chacun ramène le plus vite possible un salaire au foyer, le choix des parents est vite fait: ils retirent Pierre-Auguste de l'école et le placent en apprentissage à treize ans, chez les Frères Lévy dans un atelier de peinture sur porcelaine situé rue des Fossés-du-Temple. Le souvenir de Limoges, la capitale de la porcelaine, influence certainement les parents et, comme tout le monde dit que leur enfant est doué, ils espèrent qu'il aura bientôt un bon métier et que peut-être un jour il entrera à la Manufacture de Sèvres, la consécration. En attendant, l'adolescent va passer quatre années à peindre des fleurs, des bouquets, des guirlandes et autres ornements Louis XVI sur des assiettes, des lampes et des théières avec une telle habileté qu'il passe vite aux figures: celle de Marie-Antoinette remporte le plus de succès. Il se risque même parfois à inventer des motifs d'inspiration personnelle, ses compagnons de travail l'appellent ''le petit Rubens''. Le soir, il suit les cours de l'Ecole de dessin et d'arts décoratifs de la rue des Petits-Carreaux et dès qu'il a un peu de temps de libre, il court au Musée du Louvre admirer et copier les chefs-d'oeuvre de la peinture antique, à Rubens et aux peintres francais du XVIIIième siècle. Un jour, pendant l'heure de la pose de midi, il cherche dans le quartier des Halles un marchand de vin et de frites et tombe brusquement en admiration devant la Fontaine des Innocents de Jean Goujon. Il en oublie de manger et passe son heure de liberté à tourner autour des bas-reliefs. Il fréquente également, lorsqu'il en a les moyens, les petits théatres du boulevard du Temple. Il préfère le théatre d'Alfred de Musset aux pièces dites réalistes. Renoir n'oubliera jamais ces années d'apprentissage et n'éprouvera aucune honte de sa formation artisanale. Il y aura appris à peindre avec des pinceaux souples et des couleurs fluides en jouant sur la transparence des fonds et des couleurs qu'on retrouvera plus tard dans ses toiles. Il y aura acquis une technique parfaite et sa jeune sensibilité y aura rencontré ses premiers émois et ses premières amours, en particulier pour le corps sculptural de la femme qui aboutira à de nombreux chefs-d'oeuvre de sa maturité et de sa vieillesse.

Stores et éventails.

En 1858, tout paraît s'écrouler. Les procédés d'impression mécanique viennent concurrencer le travail manuel, c'est le début d'une grande révolution sociale et industrielle: les Frères Lévy ferment et Renoir doit chercher un autre métier. Il a dix-sept ans. Il travaille alors chez M.Gilbert, peintre de stores rue du Bac. Renoir brosse des vierges et des saints sur des toiles pour les missionnaires et il décore des éventails de fêtes galantes ou d'évocations mythologiques inspirées de Watteau, de Boucher ou de Fragonard. Il racontera plus tard combien de fois il avait dû copier '' L'embarquement pour Cythère'' de Watteau, mais que sa préférence allait à la ''Diane au bain'' de Boucher qu'il continua d'aimer toute sa vie. Il gardera de cette nouvelle expérience le goût de la peinture française du XVIIIième siècle.